Attention, confiance, créativité : ce que les médias classiques rappellent à la publicité

À l’occasion de la 2ᵉ édition de la conférence « Attrape-moi si tu peux », organisée par Stratégies en partenariat avec France TV Publicité, dans les locaux de France Télévisions, deux mots se sont imposés au centre des débats : l’attention, bien sûr — mais aussi la créativité, comme vecteur essentiel de cette attention. Mesurée, comparée, modélisée, l’attention est désormais présentée comme le nouveau KPI clé de l’efficacité publicitaire. Mais derrière les scores et les outils, une question plus fondamentale demeure : que vaut l’attention si elle n’est pas prolongée par la confiance ?

Stéphane LE BRETON

1/30/20264 min temps de lecture

Attention, confiance, créativité : ce que les médias classiques rappellent à la publicité

Si l’attention s’impose aujourd’hui comme un KPI structurant, la conférence l’a rappelé avec force : elle n’existe jamais seule. Elle est le produit d’un équilibre fragile entre contexte, contenu et créativité.

Les travaux présentés l’ont confirmé : l’attention ne se décrète pas, elle se construit.

Elle dépend du cadre éditorial, du format, du moment… mais aussi — et surtout — de la capacité d’un message à créer une connexion émotionnelle, à surprendre, à faire sens.

Autrement dit : la créativité n’est pas un supplément d’âme de l’attention. Elle en est l’un des moteurs principaux.

Quand la créativité respecte l’attention, elle la multiplie

Deux cas présentés lors de la conférence illustrent parfaitement ce point.

  • D’un côté, Hydratis, accompagné par Buzzman et son agence média Tyers (Groupe Havas).

  • De l’autre, Grand Frais (Prosol), avec une approche créative portée par Rosa Paris (Groupe Havas).

Deux marques. Deux univers. Mais un point commun fondamental : ne jamais considérer l’attention comme acquise. Dans les deux cas, la créativité ne cherche pas à “faire du bruit”, mais à créer une rencontre.

Une idée lisible. Un ton assumé. Une forme de surprise qui respecte l’intelligence du public.

Résultat : l’attention n’est pas captée par la contrainte ou la répétition, mais par l’adhésion.

Le rôle décisif de l’écrin média

Ces succès créatifs rappellent aussi une évidence souvent négligée : la créativité ne s’exprime jamais hors-sol.

La télévision — et plus largement les médias classiques — offrent un écrin. Un cadre identifié. Un moment choisi. Une attention plus disponible, plus collective, plus incarnée.

C’est précisément cette combinaison entre environnements éditoriaux crédibles, formats puissants, et créations exigeantes, qui permet à l’attention de dépasser le simple instant pour devenir un temps long, propice à la mémorisation et à la confiance

Ce que les plateformes tentent de reconstruire par la technologie et la data et leurs algorithme , les médias "traditionnels" (de fait, en mutation) continuent de l’incarner par leur nature même.

Attention ≠ performance : le rappel salutaire

Un point est revenu à plusieurs reprises lors des échanges, et souligné par Radovan Aleksic DGA Marketing de FranceTV Publicité : l’attention n’est pas la performance.

Elle en est une condition nécessaire, jamais suffisante. Mesurer l’attention permet :

  • de mieux comprendre l’exposition réelle,

  • d’évaluer la charge cognitive,

  • d’optimiser les dispositifs

Mais l’efficacité publicitaire ne se joue pas uniquement à ce stade. L’attention prépare le terrain. La confiance permet de franchir le pas.

Sans prolongement — sans preuve, sans expérience réelle, sans crédibilité post-exposition — l’attention reste fragile, volatile, réversible.

Ce que les médias classiques rappellent à la publicité

Au fond, cette conférence a rappelé une chose essentielle la publicité n’est pas en crise d’attention.

Elle est en crise de sens et de continuité. Les médias classiques, par leur exigence éditoriale et leur capacité à structurer l’attention, montrent qu’une autre voie est possible :

  • une publicité créative,

  • respectueuse du public,

  • inscrite dans des environnements de confiance,

  • et pensée comme une expérience complète, pas comme un simple point de contact.

Dans un paysage où la tentation est grande de réduire l’efficacité à des scores, ils rappellent que l’attention est un contrat implicite.

Un contrat qui engage autant les médias que les marques. Et que, sans confiance, aucun KPI — aussi sophistiqué soit-il — ne peut durablement tenir ses promesses.

Le rôle singulier des médias classiques

C’est sans doute l’un des enseignements les plus structurants de cette conférence : l’attention ne se capte pas de la même manière selon les environnements.

Les médias historiques — et la télévision en particulier — ne sont pas de simples supports de diffusion. Ils constituent des écrins éditoriaux :

  • Un écran identifié.

  • Un cadre choisi.

  • Un moment d’attention collective, partagé, assumé.

Cette dimension est essentielle. Elle crée une disponibilité mentale différente, moins fragmentée, moins défensive.

Une attention qui ne repose pas uniquement sur la stimulation permanente, mais sur la confiance dans le contexte.

À cela s’ajoute une responsabilité culturelle et éditoriale forte : programmes, contenus, information, divertissement… les médias traditionnels construisent une relation durable avec leurs publics.

👉 C’est précisément cette combinaison — crédibilité éditoriale, attention collective, responsabilité — que les plateformes peinent à reproduire à grande échelle. Non par manque de technologie, mais parce que la confiance ne se “scale” pas comme un inventaire.

Des réactions des annonceurs à un écart concret

Lors des échanges avec quelques annonceurs à l’issue de la conférence, un point est revenu de manière récurrente.

Ceux qui connaissaient déjà l’impact réel des recommandations de consommateurs — et leur poids déterminant dans les décisions d’achat — ont immédiatement fait le lien avec le débat actuel sur la publicité et les médias.

Non pas comme un sujet théorique ou prospectif, mais comme un manque très concret : la difficulté, aujourd’hui, à intégrer cette crédibilité issue de l’expérience réelle dans des dispositifs publicitaires structurés, visibles et mesurables à grande échelle.

Le constat n’était pas une remise en cause des médias, ni de leur efficacité. Il portait sur l’absence de mécanismes capables de transformer cette confiance existante en preuve explicite, partageable et durable.

Ce qui s’est exprimé à travers ces échanges n’était pas une attente de promesses supplémentaires, mais le besoin très clair de pouvoir à nouveau s’appuyer sur des messages démontrables, capables de réconcilier efficacité publicitaire et confiance durable.

Le chaînon manquant : de l’attention à la décision

La conférence l’a rappelé à plusieurs reprises : l’attention n’est pas la performance.

Elle en est la condition préalable, jamais l’aboutissement. L’attention prépare le cerveau : elle ouvre une fenêtre cognitive, elle rend le message audible.

Mais ce qui déclenche la décision relève d’un autre registre : celui de la preuve, de l’usage réel, de l’expérience vécue, de la crédibilité post-exposition.

Sans preuve :

  • l’attention reste éphémère,

  • la mémorisation est fragile,

  • l’impact s’érode rapidement.

Avec preuve :

  • la continuité cognitive s’installe,

  • le message s’ancre dans le réel,

  • la confiance se transforme en levier d’action.

L’attention crée le contexte. La preuve crée la confiance. La confiance crée l’impact.

C’est précisément ce chaînon manquant que la seule mesure de l’attention, aussi sophistiquée soit-elle, ne peut résoudre à elle seule.